Mistral perdu ou les événements – Isabelle Monnin

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Ce billet va être difficile à écrire, tant j’ai peur d’abîmer ce livre et l’émotion si forte qui a été la mienne lors de sa lecture.

Mistral-perduC’est une autobiographie entre le « je » et le « nous ». Derrière ce « nous », il y a d’abord le duo (le couple ? la paire ?) qu’Isabelle Monnin formait avec sa soeur, disparue soudainement à l’âge de vingt-six ans. Dans leur famille, elles étaient « les filles ». Elles avaient 4 ans d’écart et se pensaient au pluriel. « Nous » c’est ce duo que les deux soeurs forment encore par-delà la mort. « Nous » ce sont ces liens invisibles que chacun de nous tisse avec ses fantômes.

« Nous sommes novembre, toutes les dates sont des tombes et je meurs une deuxième fois. »

Mais « nous » c’est aussi elle, Isabelle Monnin, et nous qui la lisons. Nous qui avons peut-être traversé les mêmes années et avons donc en partage quelques décennies d’une histoire collective. Nous les classes moyennes de gauche. Nous la bof génération. Nous les stagiaires et les précaires. Nous les bobos…

« Nous sommes deux, nous sommes dix, et nous ne ratons aucune soirée électorale. Assis par terre devant la télévision, chips saucisson fromage pistaches, notre petit groupe vibre dans les dernières secondes du compte à rebours, nous sommes impatients, nous voudrions dans les urnes aussi la fin du vieux monde, vite, et nos commentaires couvrent les analyses des sachants. Aucun de ceux que nous voyons à la télé ne nous ressemble, à nous d’imaginer des arrimages. Toujours nous ferons ça : accepter l’offre même maigre, et la parer de nos idéaux pour la rendre désirable. »

Vous vous retrouverez peut-être dans ce « nous », dans les valeurs d’Isabelle Monnin. Vous relirez votre vie en lisant la sienne. Vous partagerez ses chagrins et ses désillusions. Vous serez grandement chamboulés par cette lecture. Vous en sortirez triste et heureux. Vous voilà prévenus.

Aujourd’hui j’en ai la preuve : les prix littéraires ne valent rien. Leurs jurys sont passés à côté d’un grand livre, peut-être le plus grand de la rentrée.

Mistral perdu ou les événements d’Isabelle Monnin, JC Lattès, 2017, 200 p.
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Un funambule sur le sable – Gilles Marchand

Comment ne pas aimer un roman dans lequel les bibelots ont la délicatesse de se retourner à l’instant du premier baiser ?

Un-funambule-sur-le-sableStradi est né avec un violon dans la tête. C’est le postulat de départ du roman de Gilles Marchand. Peut-être que ce point de départ peut charmer et attirer le lecteur, mais il peut probablement aussi le faire fuir. Pour ma part, j’ai bien failli prendre la fuite, craignant un roman gentillet sur la différence, un roman dégoulinant de bons sentiments. D’ailleurs c’est un peu ça et pourtant j’ai adoré. Allez comprendre !

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Son absence – Emmanuelle Grangé

Les thèmes de la disparition et des différentes façons dont chacun vit avec l’absence sont au coeur du premier roman d’Emmanuelle Grangé.

son-absenceCela fait 20 ans que François a disparu. Ses frères et soeurs et ses parents vont se rendre au tribunal pour faire officiellement la déclaration d’absence que le code civil rend possible vingt ans après les dernières nouvelles. A l’occasion de ce grand jour, chacun d’eux se souvient des circonstances de la disparition de ce frère ou ce fils. Les personnages alternent d’un chapitre à l’autre. De temps en temps, un chapitre en italique laisse entendre la voix du disparu.

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Nos vies – Marie-Hélène Lafon

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« Elle s’appelle Gordana. » Elle est caissière au Franprix de la rue du Rendez-Vous dans le 12e à Paris. Depuis que Jeanne est à la retraite, elle se rend dans ce supermarché tous les mardis et vendredis matin et passe invariablement caisse 4, la caisse de Gordana. Au fil des semaines, elle a appris des choses sur Gordana et ce qu’elle ne sait pas, elle l’invente. Comme elle invente la vie de l’homme, un autre habitué du vendredi caisse 4.

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Des nouvelles des prix littéraires

 

Il y aurait plus de 2 000 prix littéraires en France. J’en suis modestement une vingtaine sur la page de ce blog intitulée Rentrée littéraire. Comme cette semaine a été celle de la remise des prix les plus attendus, je vous propose un petit récapitulatif :

L-ordre-du-jour
Prix Goncourt 2017

Prix Goncourt. C’est le prix littéraire français le plus ancien (1903), sans doute le plus prestigieux et celui qui a le plus d’impact sur les ventes. Mais c’est aussi le prix le plus critiqué, celui qui est passé à côté de Voyage au bout de la nuit, celui qui donne souvent l’avantage aux mêmes éditeurs (GalliGraSeuil), celui qui préfère les écrivains aux écrivaines, celui dont le jury ressemble à une maison de retraite… Il est vrai que le jury, présidé par Bernard Pivot depuis 2004, n’est pas très rock’n roll. Il a tout de même réussi un joli coup l’année dernière en intégrant Virginie Despentes. Cette année, il a couronné L’ordre du jour d’Eric Vuillard (Actes Sud), un livre paru bien avant la rentrée littéraire. A noter que depuis 1988, le Goncourt des lycéens s’appuie sur la sélection de l’Académie Goncourt pour faire découvrir la littérature française contemporaine à de jeunes lecteurs. Le Goncourt des lycéens 2017 sera décerné le 16 novembre prochain.

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En ce moment…

Cela fait une semaine que je n’ai pas publié de billet et deux semaines que je n’ai chroniqué aucune de mes lectures, je devais donc quelques explications à mes (nombreux) lecteurs.

Grammaire-latineFigurez-vous qu’en ce moment je suis en vacances. Les vacances sont souvent propices à la lecture ; je n’ai pourtant pas lu une ligne depuis mon départ. Mais à quoi donc est-ce que j’occupe mon temps ? Eh bien je marche, je respire un bon air marin, je mange des crêpes, je vais au cinéma et je fais du latin. Les plus futés d’entre vous auront deviné à quelques indices habilement glissés dans ma phrase précédante, que je me trouve en ce moment dans une région connue pour ses irréductibles gaulois. Mais alors que vient faire le latin dans cette histoire ?

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Prix littéraires : les sélectionnés

Bibliotheque

Alors que nous approchons de la fin octobre, j’ai lu 1,5% de la rentrée littéraire. Sur les 9 livres lus, 4 m’ont vraiment plu, mais je n’ai pas eu de réel coup de coeur. Pourtant, je n’ai aucune envie d’arrêter cette expérience. Ma liste d’envies de cette rentrée n’a cessé de s’allonger, à tel point que je me demande quand je retrouverai la liberté de lire hors de cette liste. Peut-être vais-je lire la rentrée littéraire toute l’année ? Nous verrons bien.

Pour le moment, je vais revenir sur les livres sélectionnés par les prix littéraires. Au début de mon blog, je créais un billet à chaque fois qu’un prix littéraire publiait sa sélection, mais je me suis vite lassée. D’abord parce qu’il existe bien trop de prix littéraires et ensuite parce que leurs sélections se ressemblaient énormément. J’ai donc décidé de procéder autrement, c’est-à-dire de détruire tous ces premiers billets et de tenir à la place la liste unique des livres sélectionnés. J’ai consacré à cette liste la page de mon blog « Rentrée littéraire » que je mets à jour régulièrement. Aujourd’hui par exemple, je l’ai mise à jour avec la sélection du Prix Libraires en Seine. J’ai été assez contente de pouvoir intégrer cette sélection originale, qui enrichit pas mal la liste globale. C’est ce qui m’a donné envie de publier aujourd’hui cette fameuse liste globale comme un réservoir où puiser des idées de lecture, pour les quelques internautes s’intéressant à la rentrée littéraire qui s’égarent parfois sur mon blog. La voici en deux parties, 30 livres étrangers et 102 livres français :

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Fief – David Lopez

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Premier roman et révélation d’un auteur qui a un indéniable talent, mais….

Comment pourrais-je exprimer clairement ce que je ressens si confusément ? Disons pour faire simple : « c’est bien, mais j’aime pas ».

« On habite une petite ville, genre quinze mille habitants, à cheval entre la banlieue et la campagne. Chez nous, il y a trop de bitume pour qu’on soit de vrais campagnards, mais aussi trop de verdure pour qu’on soit de vrais cailleras. Tout autour, ce sont villages, hameaux, bourgs, séparés par des champs et des forêts. Au regard des villages qui nous entourent, on est des citadins par ici, alors qu’au regard de la grande ville, située à un peu moins de cent kilomètres de là, on est des cul-terreux. Personnellement je n’y connais rien en agriculture. »

FiefAvec ce territoire hybride entre ville et campagne David Lopez tenait un sujet en or. Pourtant ce sujet est peu exploité dans son roman. Sans doute ne voulait-il pas écrire un roman à thèse. Il devait avoir peur que le sujet ne l’emporte sur le style. Résultat : son roman a du style mais il est inintéressant au possible.

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Ton père – Christophe Honoré

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Christophe Honoré est cinéaste et auteur pour la jeunesse. Dans ce récit autobiographique, il raconte un triste fait divers homophobe dont il a été victime et revient sur sa jeunesse, ses maîtres, auteurs et cinéastes qu’il a admirés, tout en s’interrogeant sur son identité homosexuelle.

Ton_pereUn dimanche matin, la petite fille de Christophe Honoré, 10 ans, trouve un message anonyme punaisé sur la porte de leur appartement. Le message est le suivant : « Guerre et Paix : contrepèterie douteuse ». Par ce message, quelqu’un entend reprocher à Christophe Honoré d’être à la fois père et gay et de former avec sa fille une famille douteuse. Ce ne sera pas la seule agression de l’homophobe anonyme. Il y en aura d’autres, un peu plus dégueulasses à chaque fois.

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Zero K – Don DeLillo

Cryogenie

Roman philosophique inspiré par le rêve d’immortalité des transhumanistes.

Le richissime Ross Lockhart invite son fils à le rejoindre dans une clinique futuriste tenue par une sorte de secte pour y assister à la cryogénisation de sa seconde épouse atteinte d’une maladie incurable. Il s’agit pour elle de mourir avec l’espoir de ressusciter dans un futur où il sera possible de la guérir. Si Ross est persuadé d’avoir fait le bon choix, son fils Jeffrey doute et n’en finit pas de se questionner sur la vie et la mort. Dans la seconde partie du roman, il tente de vivre sa vie comme si rien ne s’était passé. Mais à quoi bon vivre, si on ne meurt pas à la fin ?

zero-kMORTELLEMENT ennuyeux, prétentieux et pourtant simpliste, ce roman est vraiment navrant. Les critiques qui en font l’éloge sont-ils sincères ? Je me souviens avoir entendu le mot « chef d’oeuvre » au Masque et la plume. Pour moi la lecture de ce roman a été un long supplice. Je me suis sentie un peu absente pendant cette lecture. J’ai laissé mes yeux courir sur la page de ma liseuse, sans que la logorrhée de Don DeLillo ne parvienne réellement à m’atteindre.

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